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Exploitation minière : Entretien exclusif avec le PCA de la Société Barksanem™, Etienne Atger

Exploitation minière : Entretien exclusif avec le PCA de la Société Barksanem™, Etienne Atger

L’environnement minier burkinabè, est aujourd’hui fort d’une dizaine d’industries minières qui s’investissent dans le secteur. De l’autre côté il existe de petites industries qui s’organisent de façon artisanale. La Société Barksanem qui se veut unique par son modèle d’activité basé sur les mines artisanales va bientôt procéder au déploiement de ses unités de production sur le terrain. Le PCA de la Société Barksanem™ (BSM™), Etienne Atger, dans l’entretien qui suit parle de sa société, son modèle d’activité et sa participation à l’économie burkinabè. Lisez plutôt !

Ecodafrik : Parlez-nous brièvement de la Société Barksanem ?

Etienne ATGER : Barksanem™ est une société minière de droit burkinabé créée en 2011. La constitution de la société Barksanem™ (BSM™) se fonde sur des constats de terrain et sur une vision précise du développement durable des territoires, en phase avec les enjeux de transformation décrits dans diverses chartes internationales. Sur la base de nos travaux et de nos précédentes expériences dans la direction de sociétés minières dans les années 2000, toujours au Burkina Faso, nous avons créé une société sœur aux USA qui commercialise, sous licence, un ensemble de technologies (extraction de métaux précieux – or en particulier – traçage, numérisation, digitalisation d’une monnaie, …) et ayant pour cible finale l’autosuffisance des micro-collectivités (50 à 500 équivalents habitants). Dans le cas des communautés minières, notre cœur de cible, notre approche intègre l’extraction, le traitement et la monétarisation des minerais, supports essentiels de l’autonomie économique elle-même préalable à l’autonomie énergétique et à l’autonomie écologique par le traitement de l’eau, de l’air et des sols. En résumé, nous avons pour mission d’optimiser la chaine logistique physique des métiers de l’extraction minière artisanale en déployant des technologies innovantes permettant de tracer les minéraux précieux, tout en participant au développement économique et environnemental des micro-collectivités.

Pourquoi le choix de Burkina Faso ?

Notre histoire remonte au temps de la Haute-Volta quand le directeur général de la société, alors enfant, habitait cette région du continent et voyageait régulièrement dans le pays. En plus de notre connaissance du terrain, le dynamisme économique du pays, sa place dans le monde de l’extraction aurifère, les politiques incitatives du gouvernement, font du Burkina Faso un pays particulièrement attractif pour le développement de nos activités.

Nous avons choisi de nous limiter à l’implantation d’activités artisanales et semi-mécanisées et non d’aller vers la petite mine ou la mine industrielle. Les raisons sont à trouver dans notre approche territoire qui fait que l’activité minière s’intègre réellement à la communauté villageoise et/ou minière et que cette activité fait pleinement partie du développement dudit territoire. Ce qui serait objectivement difficile à vivre dans le cadre d’activités industrielles par exemple.

Le Burkina Faso est devenu une destination africaine de l’activité minière. Beaucoup de grandes sociétés s’y implantent. Quelle est la spécificité des activités de votre société ?

L’équipe de base qui constitue le management de Barksanem™ démontre clairement des expertises complémentaires essentielles pour l’accomplissement de nos intentions. Connaissance du continent et en particulier de la région Afrique de l’Ouest, connaissance des métiers de la mine à petite échelle, connaissance du développement et du développement durable en particulier, compétences sur le plan managérial, etc. sont quelques-uns des éléments de notre CV collectif ! Au-delà, conscient des enjeux et des limites de nos compétences, nous avons su nous entourer contractuellement de partenaires parfaitement complémentaires dans le domaine de la création d’une monnaie digitale et de la traçabilité, mais aussi sur le plan de l’agriculture en économie d’eau, de la remédiation des sols, de la dépollution, du suivi santé, etc. L’intention de Barksanem™ n’est pas d’exploiter les richesses du sous-sol jusqu’à leur épuisement et de partir. Par notre approche, nos intentions et nos compétences, nous souhaitons qu’un territoire d’implantation de nos activités soit sur le chemin concret du développement, dans le respect des traditions, et ceci bien après notre départ. C’est pourquoi nous intégrons à notre démarche non seulement des formations permettant de valoriser les ressources humaines, naturelles et économiques d’un territoire (dans le domaine minier pour améliorer les pratiques, dans le domaine de l’environnement et de la gestion des terres arables-reboisement par exemple- sur le plan agricole en économie d’eau, etc.), mais aussi par la création d’une monnaie digitale, adossée aux banques, de favoriser l’économie de troc, et encore de proposer la bancarisation des non-bancarisés. Cet aspect particulier permettrait aussi aux néo-bancarisés d’avoir accès à un certain nombre de services contribuant au développement (micro-crédits, suivi santé, scolarisation, etc.)

Après la période d’exploration Barksanem vient d’obtenir son autorisation d’exploitation. Quelle sera la suite ?

Dans les prochaines semaines, alors que nous commençons de mettre en vente la licence BSM™ à partir de notre société aux Etats-Unis, nous allons débuter le déploiement de nos unités de production sur le terrain. Le travail d’étude géologique, une étape indispensable, se fera en même temps et comme à notre habitude, qu’une démarche relationnelle avec les administrations comme avec les chefferies et les populations, villageoises ou d’orpailleurs, qui se trouvent sur nos permis ou à proximité.

Pour revenir sur la licence, je tiens à préciser que celle-ci traite bien de l’activité minière artisanale avec les spécificités explicitées plus haut. C’est notre priorité. Déjà nous avons été approchés par des personnes de différents pays d’Afrique comme d’Asie.

On notera encore que ces prochaines semaines vont être consacrées à développer le réseau relationnel de BSM™, en particulier avec, au Colorado,« La Colorado School of Mines »,la plus grande université au monde consacrée aux activités minières avec qui des contacts ont déjà été établis. Mais encore d’intégrer à notre licence, le savoir-faire de nos partenaires dans le domaine du traitement de l’eau (dépollution et potabilisation), de la remédiation des sols, de l’énergie, etc.

Les populations ont des préjugés négatifs sur l’activité minière. Quelle sera la contribution de votre activité dans le quotidien des burkinabè ?

Notre expérience dans le domaine minier en Afrique démontre une évidence : l’exploitation des richesses du sous-sol est trop souvent source de pauvreté, de conflits, de dégradation de l’environnement, symptomatiques d’un cercle économique vicieux. Les préjugés négatifs des populations sur ce type d’activités sont largement justifiés ! Confrontés à ces réalités, nous avons choisi de travailler à des solutions concrètes. Pour relever le défi de ces malédictions endémiques des pays producteurs de minerais, nous avons choisi le nom « Barksanem™ » pour notre société qui devenait une évidence et comme une déclaration d’intention que nos amis burkinabè pouvaient percevoir sans mal !

Un des principes de Barksanem™ se résume dans ce slogan : « l’innovation dans le respect de la tradition ». En finalité, tout en permettant de devenir une société minière prospère, la licence BSM™ contribue à produire, par l’activité minière, des dynamiques vertueuses pour les micro-collectivités sur le plan économique, social et environnemental. D’autre part, l’enregistrement des orpailleurs sur les sites de Barksanem™, mais aussi ailleurs et si possible sur tout le pays, permettra d’avoir accès à des informations jusqu’à présent très incomplètes, sur une population difficile à accompagner de par sa mobilité, sa fragilité et les difficultés d’intégration rencontrées dans bien des endroits dans le pays comme dans la plupart des pays où l’extraction minière est au cœur de leur économie. Une telle démarche, nous le pensons, participera de la formalisation du domaine de l’orpaillage et donc de la « visibilité » de ces populations.

Votre mot de fin

En tant qu’équipe, nous sommes conscients que nous n’avons pas toutes les réponses aux problématiques rencontrées sur le terrain du monde des mines artisanales et à petites échelles ! Notre ambition est, d’une part de contribuer à l’amélioration des pratiques et des contextes du domaine minier. D’autre part, d’être toujours et encore en quête d’innovations, en route d’apprentissage, car en fin de compte, la vérité qui demeure est bien celle du terrain et nous avons encore énormément à apprendre de lui !

Merci

Entretien réalisé par Balguissa Sawadogo

Balguissa Sawadogo

Ecodufaso.com/Ecodafrik.Com

 

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