Accueil / Entretiens Exclusifs / Femmes cheffes d’entreprises : La Princesse Abzeita Djigma, Patronne de AbzeSolar SA à cœur ouvert

Femmes cheffes d’entreprises : La Princesse Abzeita Djigma, Patronne de AbzeSolar SA à cœur ouvert

Femmes cheffes d’entreprises : La Princesse Abzeita Djigma, Patronne de AbzeSolar SA à cœur ouvert

Ingénieur en Electricité, Mme Abzeita Djima est une femme d’affaires d’origine burkinabè prospère. Présidente directrice générale de l’entreprise Abze Solar SA basée à Bamako, elle a aussi lancé l’initiative Mama Light pour l’énergie durable, sa Fondation. L’initiative MAMA-LIGHT pour l’énergie durable permet d’accéder à des énergies abordables pour les femmes, les petites entreprises et les enfants. L’initiative est basée sur 5 piliers : les produits, le financement, la coopération, la formation et l’emploi et une mise en œuvre progressive. Le programme stimule la création de nouveaux emplois et crée une base solide pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Intrépide amazone, cette brave petite fille de Yennega, a déserté son palais pour conquérir le monde du business en sa manière. Mariée et mère de quatre enfants d’un petit fils, elle partage son monde de femme d’affaires dans l’entretient qui suit. Lisez plutôt !

 

Ecodufaso.com : Quel a été le parcours de la princesse que vous êtes ?

 

Je suis une Princesse Mossi, descendante directe de la Princesse Yennenga, considérée comme la mère du peuple Mossi du Burkina Faso et célèbre guerrière du 12ème siècle. J’ai étudié la finance, la compatibilité et l’ingénierie (solaire) en Europe. J’ai travaillé pendant 5 ans en tant que consultante en stratégie pour KPMG en Europe et en Afrique avant de fonder ma première entreprise en Afrique. Je suis la Présidente Directrice Générale d’AbzeSolar S.A. J’ai fondé et je dirige ‘MAMA-LIGHT Initiative for Sustainable Energy. Je suis membre du comité consultatif du secteur privé au sein de la Stratégie Internationale de Prévention des Catastrophe Naturelles (SIPC/ONU). Je suis conseillère dans le domaine de l’énergie pour le SIPC/ONU. Je suis la Présidente des conseillers principaux sur les relations internationales et l’égalité entre les sexes pour le Conseil Régional du Centre du Burkina Faso (CRC).

 

Parlez-nous de vos différentes initiatives notamment votre fondation Mama Light.

Princesse Abzeita Djigma : N’entendez pas par fondation uniquement les subventions. L’initiative véritablement c’est d’encourager l’entreprenariat. Si vous êtes capable d’offrir il faut créer de la richesse dans un premier temps et la partager pour les tout-petits. Par exemple en offrant les lampes solaires l’idée c’est de permettre à mes petits-enfants d’aller à l’école et s’ils y vont d’avoir de l’énergie pour préparer les devoirs. Car ils seront les consommateurs de demain qui achèteront mes produits. Et quand je les aide, c’est au même moment mes futurs acheteurs. C’est ma vision. Les dons n’ont jamais aidé quelqu’un mais le secteur privé si car payer les taxes c’est important pour l’économie du pays.

 

En tant que femme d’affaires comment définissez-vous les nombreuses actions que vous menez à travers l’Afrique ?

Par mes différentes actions l’objectif véritablement c’est de montrer aux jeunes filles que c’est bien de se lancer dans les filières techniques aussi bien dans l’agriculture que d’autres domaines. Au jour d’aujourd’hui avec les énergies renouvelables par exemple, on peut faire des récoltes plusieurs fois dans l’année. La technologie nous permet de ne plus compter sur mère nature par rapport aux saisons.   C’est ce qui permet par ricochet aux femmes en milieu rural d’avoir des revenus beaucoup plus élevés. Et cela est très intéressant. Le président de la BAD lors de la rencontre avec les opérateurs économiques burkinabè confiait que les prochains milliardaires africains viendront du milieu rural, donc du secteur agricole. Etre paysan n’est pas une insulte. Je suis fille de paysan et j’ai toujours revendiqué le fait que je viens du milieu rural. C’est notre fierté et ce sont nos valeurs. J’ai offert 18 000 lampes solaires d’une valeur de 270 millions de F CFA à mon pays le Burkina Faso. Par ce que le secteur privé doit créer de la richesse et cette richesse devrait être réinvestis dans nos pays d’origine si l’on n’est pas sur place par exemple.

La femme dans le monde des affaires dominé par les hommes n’est-il pas contraignant ?

De principe j’ai un caractère. Et pour moi être femme dans ce milieu n’est pas un handicap. Je suis contente d’être née fille car si était à refaire je demanderai à Dieu de renaitre fille pour pouvoir mettre des hauts talons et de belles robes. Il y a une complémentarité entre hommes et femmes. Ce n’est pas une dichotomie. On a besoin les uns et des autres. Les femmes font partie de l’économie et elles créent de la richesse ce qui est intéressant. C’est sûr qu’il faut avoir un caractère de fer. Vous allez entendre beaucoup de choses. Une femme qui est belle et qui réussit forcement c’est une prostituée. Mais quand vous l’entendrez et comme ce n’est pas votre cas vous en faites fi. Et c’est cela que j’enseigne à mes jeunes sœurs qui s’intéressent à l’entreprenariat. Et ça fait partie aussi d’une arme pour vous décourager. Mais il faut se poser la question est ce qu’un homme que les femmes apprécient est traité de prostitué. Il faut tout simplement remettre les choses dans leur contexte, croire et être fier de ce que l’on fait. On est maître de notre destinée.

Le secteur privé est le moteur de la croissance. Et le gouvernement burkinabè a adopté depuis 2016 un nouveau référentiel de développement, le PNDES. A deux ans de mise en œuvre, notre secteur privé se sent oublié. Est-ce le cas pour vous ?

L’homme ou la femme d’affaires agit. L’on n’attend pas. Quand il y a eu la réunion des bailleurs de fonds, je me suis déplacée à Paris. Je n’ai pas demandé à quelqu’un de payer mon billet ou mon hôtel. J’y suis allée de mon plein gré. Il y a aussi beaucoup de représentants d’entreprises ouest africaines mais nous étions là pour tous défendre cet ambitieux programme. Je suis surtout intervenue en son temps par rapport à la question de la femme. Coris Bank International était représenté par son Président du Conseil d’Administration, Idrissa Nassa. Et il y a eu des promesses qui ont été faites. Et à mon niveau cela me permet de voir qu’est ce qui fait en termes de bilan et les opportunités pour moi.

 

Quel est le secret de la réussite selon vous ?

Mon secret c’est le respect. Le respect de l’environnement, de mes partenaires s’avère très important pour moi. Nous ne sommes pas très nombreuses dans ce milieu et j’encourage les femmes à s’y investir d’avantages.

Quels conseils avez-vous à prodiguer à la jeunesse Burkinabè ?

Je souhaite que la jeunesse s’intéresse plus à l’entreprenariat. Je sais que ce n’est pas simple. C’est un domaine exigeant ou il arrive que tu n’aies pas à manger le matin mais tu bois un verre d’eau chaude qui va remplacer ton café. Mais il faut tenir bon car à terme tu feras partie de ceux qui vont créer de la richesse si tu tiens bon. Il ne faut pas que nous burkinabè l’on se laisse divertir que nous ne sommes pas bon. C’est faux. Et notre jeunesse est aujourd’hui un fort atout au développement.

 

Entretien réalisé par Balguissa Sawadogo

 

Balguissa Sawadogo

Ecodufaso.com/Ecodafrik.Com

Aller en haut