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Jacqueline Marie Thérèse Ki Zerbo : Une héroïne des années 60

Jacqueline Marie Thérèse Ki Zerbo : Une héroïne des années 60

Son nom est associé à celui de l’une des grandes figures africaines post indépendance, son compagnon Joseph Ki Zerbo historien et homme politique burkinabè disparu en 2006. Jacqueline Ki-Zerbo car c’est d’elle qu’il s’agit, était la Yennega, la Guimbi Ouattara, la Xéna de ses contemporains. Femme engagée et véritable panafricaniste, elle a vécu longtemps cachée derrière son mari. Mais, ne dit-on pas que « Derrière un grand homme se cache une dame de feu ». Retour sur les actions de cette éducatrice et héroïne des années 60.

« On me dit sociologue, mais je me considère comme éducatrice »

Diplômée d’anglais à la Sorbonne, Jacqueline Ki Zerbo est une femme distinguée et très cultivée à en croire ses contemporains. Belle et intelligente, le Président Maurice Yaméogo lors d’un meeting la qualifiait d’« une citoyenne consciente de sa place dans la société et qui est pour son époux une compagne et non une domestique ou encore un instrument agricole ». En 1961, elle est recrutée comme professeur d’anglais au Lycée Philippe Zinda Kaboré. Elle serait l’une des rares professeurs noirs de l’époque. Plus qu’une éducatrice, elle était considérée comme une mère aux dires de ses anciennes élèves. Et pour sa très grande culture générale ainsi que sa maîtrise des sujets divers qui minaient la société de l’époque, elle fut nommée dans le cadre de l‘africanisation des cadres de l’administration, directrice du Cours normal des jeunes filles. Elle va y rester jusqu’en 1974. Ensuite, elle ira faire valoir ses compétences dans les institutions internationale jusqu’en 1992.

Une enfance imprégnée de l’engagement politique du père

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D’origine Bambara, Jacqueline Ki-Zerbo est née à Ségou au Mali. Son père, feu Lazare Coulibaly fut un grand syndicaliste et membre du Bureau politique du RDA. Elle obtient son baccalauréat série philosophique après des études secondaires au Sénégal. D’abord à l’Ecole normale de Rufisque puis au Lycée Van Vollenhoven. En 1956, elle obtient sa licence d’anglais à la Sorbonne à Paris. C’est en 1958 à Paris qu’elle épouse Joseph Ki-Zerbo. Elle commence d’abord par enseigner à Dakar comme professeur d’anglais au Cours complémentaire. A la faveur de l’indépendance de la Guinée et l’appel de Sékou Touré, Jacqueline n’hésite pas à suivre son époux pour aller prêter main forte à ce pays.

Jacqueline Ki Zerbo : une panafricaniste très engagée

Socialement très engagée, Jacqueline Ki-Zerbo est membre fondateur de l’Entraide féminine voltaïque, organisation au sein de laquelle elle a beaucoup milité en faveur de l’émancipation des femmes.
A ce propos, l’on se rappelle des évènements du 3 janvier 1966 : Ce jour-là, une poignée de femmes avec la tête Jacqueline Ki-Zerbo marchera sur la présidence aux côtés des élèves normaliennes, de lycéens, puis rejoints par la population, pour demander le départ du président Maurice Yaméogo. Ce dernier n’avait pas d’autres choix que d’abandonner le pouvoir, au regard de la mobilisation générale. Si les anciens se rappellent encore ce jour mémorable où Maurice Yaméogo a été contraint de lâcher prise face à la contestation populaire et du rôle important qu’a joué madame Ki-Zerbo lors de cette journée, les jeunes générations ne voient en elle que l ‘épouse du célèbre historien et homme politique, Joseph Ki-Zerbo. Pourtant, plus qu’une épouse, elle aura été son compagnon de lutte jusqu’au bout.

Elle fût également responsable de la presse syndicale, La voix des Enseignants entre 1961 et 1966. Son engagement et son dévouement au travail lui ont valu en 1984, le Prix Paul G. Hoffmann pour son travail remarquable en matière de développement national et international. En 1994, elle est nominée parmi les hommes et les femmes les plus admirés par « The American Biographical Institute’s ». Elle est également nominée « Femmes pionnières d’Afrique » par la Fédération des Associations de femmes juristes d’Afrique. En 2008, elle est décorée chevalier de l’Ordre national du mérite des arts, des lettres et de la communication avec agrafe « littérature orale et écrite » dans le cadre de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO). Depuis janvier 2010, elle est administratrice générale de la Fondation Joseph Ki-Zerbo pour l’histoire et développement endogène. Le 29 mai 2015, elle a été distinguée Commandeur de l’Ordre national par le grand chancelier, Mamadou Djerma. Selon ce dernier, Jacqueline Marie Thérèse Ki-Zerbo a contribué exceptionnellement au développement de l’éducation de la jeune fille. Agée de 81 ans aujourd’hui, elle mène une vie paisible, entourée de ses enfants et des petits enfants. En s’investissant dans l’éducation, le premier bien de l’homme, Jacqueline Ki-Zerbo a semé une graine qui ne mourra jamais.

Balguissa Sawadogo
ecodufaso.com

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