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Noraogo Sawadogo : « Le faiseur d’histoire »

Noraogo Sawadogo : « Le faiseur d’histoire »

La quarantaine environs, c’est tout détendu que Monsieur Noraogo Sawadogo a accepté partager son quotidien. Scénariste-Producteur M. Sawadogo est un grand nom du cinéma au Burkina Faso. Qualifié d’homme de l’ombre, le scénariste qu’il est ne le porte pas forcement au-devant des caméras. Son bureau s’apparente à l’entrée d’un cinéma car décoré avec des affiches publicitaires de série télévisuelle et de long métrage dont il en est l’auteur. Très ouvert avec un sens de l’humour à couper le souffle, l’on ne s’ennuie pas en sa compagnie. Tout ce qu’on peut dire c’est que sa vie en elle-même est comparable à un film de suspense. Et cela, vous comprendrez à travers son portrait.

Un parcours scolaire au pas de course

Son enfance M. Sawadago nous l’a racontée avec amertume et empreinte d’agréables souvenirs. Ce fils de Sarfalao (Bobo Dioulasso) a commencé à emprunter le chemin de l’école à l’âge de 7 sept ans. Il raconte : « C’était à l’école Bobo centre à Bobo Dioulasso, et c’était juste au moment où on passait de l’écriture à l’ancre à l’écriture au stylo. Ma génération c’est la génération du micro à l’époque. C’est la génération de Salif et Doudou. J’ai fait l’école primaire à l’école Bobo Centre. C’était une période assez intéressante. J’habitais très loin de l’école, dans un quartier non lotis appelé Sarfalao. C’était un peu hors de la ville et il fallait courir pour aller à l’école. On était trois, avec nos sacs à dos on courait tous les jours de la maison à l’école et de l’école à la maison. Ce qui a fait que beaucoup d’entre nous quand on se voit aujourd’hui on se rappelle avec beaucoup de plaisir de cette période. »
Le secondaire Noraogo l’a passé entre le Collège de Tounouma Garçon à Bobo et le Lycée municipale de Bobo. Cette période des années 1982-83 était tâchée d’effervescence politique. Et là encore il en garde de bons souvenirs qu’il nous raconte avec amertume. « La politique était rentrée dans les écoles et on a un peu plus ou moins vécu cette période. D’ailleurs ca commencé depuis le collège de Tounouma avec la mise en place du Comité de Défense de la Révolution. Là-bas c’était un peu plus compliqué par ce que c’était un établissement religieux, mais dès que nous sommes arrivés au Lycée Municipal de Bobo on est rentré dans la vague. A partir de la première je suis devenu délégué CDR en son temps. Et l’année suivante je suis devenu délégué CR par ce que dans l’intervalle les CDR sont devenus CR. Nous avons milité beaucoup, nous avons travaillé pour la promotion d’activités socio-économiques dans les activités politiques au niveau du lycée municipale. Nous en gardons d’ailleurs un bon agréable souvenir par ce que c’était l’époque où on bâtissait des sociétés» explique Noraogo Sawadogo.

Scénariste : Entre passion de la lecture, de l’écriture et de l’art

Le scénariste écrit des scénarios. Le scénario c’est l’histoire du film sur papier. Ça veut dire que c’est un texte qui se veut littéraire mais qui contient un certain nombre d’indication de jeu de texte. Un document technique qui prend en compte tous les aspects liés au film que ce soit en termes de dialogue, de mise en scène et tout. C’est un outil qui permet au réalisateur, au comédien, a tous ce qui intervient sur le film de pouvoir réaliser le film. Il est comme le plan d’un bâtiment.
Littéraire de formation, la passion de la lecture à entrainer notre « faiseur d’homme » dans le cinéma. Ce qui n’a pas été de tout repos. Pendant 4 à 5 ans M. Sawadogo va animer la rubrique « Les Nouvelles du vendredi » aux éditions Le Pays. Et voilà d’où est venu le déclic. « Il se trouve qu’il y avait un projet entre le Burkina et le Benin animé par CLAP Afrique Burkina et Proximité Bénin et c’était une sorte de série télévisuelle sous forme documentaire qui s’intitulait Taxi Brousse. Cette série a été l’élément déclencheur de mon envie d’être scénariste. Puisque à l’époque Pierre Rouamba qui était du côté burkinabè qui lisait « Les nouvelles du vendredi » a estimé que j’avais un fond de scénariste. Je ne m’y connaissais pas. Il m’a approché et m’a proposé d’essayer et qu’il sera là pour m’encadrer. J’ai commencé à écrire les épisodes de Taxi Brousse et depuis lors je ne fais qu’écrire renchérit-il.

Noraogo Sawadogo : Le père de « KOUKA »

Certains se souviennent de la série de Bandes Dessinées « KOUKA ». Et bien M. Sawadogo en est le concepteur. Ce projet dont il en est fier a été accompagné pendant des années par le RENLAC. La série traite des sujets allant dans le sens de la promotion de la citoyenneté, les valeurs humaines la lutte contre la corruption, etc. La liste des œuvres du créateur d’histoires est assez longue. En termes de séries télévisuelles, il y a eu :
- « Taxi Brousse », « Célibatérium » « Noces croisées », « Commissariat de Tampy », « L’As du Lycée », « La crèche de Ahmed », « Petit Sergent », « Affaire Publique ».
- Dans la liste de Long métrage il faut compter « Le fauteuil », « Cellule 512 » et « Moi Zafira ».
- Et enfin les courts métrages il y a « Olivier le Gibier », « L’impasse », « Ali le millionnaire ».
Toutes ses œuvres de belles factures, ont été écrites avec passion et beaucoup de don de soi à en croire sieur Sawadogo. A ce propos il confie « Il faut être un homme anormal comme aime dire Guy Désiré Yaméogo, un ainé. Qui dit qu’on ne peut pas être scénariste et être normal. Je ne le crois pas. Je ne le juge pas mais je ne me crois pas anormal. Mais il faut avouer que ça besoin qu’on sorte un peu de soit même. Le métier même consiste à quoi ? Tu rentres dans un univers en dehors de ton univers normal tu crées une histoire dans cet univers, tu ressors de l’univers pour être normal et vérifier si ça fonctionne et ensuite tu retournes dans l’autre univers pour continuer ainsi de suite. Vous comprendrez que ces allez et venus peuvent donner l’impression que nous ne sommes pas des personnes normales. Cela a besoin effectivement d’un certain nombre de capacité. Je ne dirai pas de talents mais d’un certain nombre de capacités de raconter des histoires. Tout le monde a des histoires mais l’art de les raconter diffère. On a besoin de la technique et d’un minimum de talent pour le faire. »
En termes de perspectives, M. Noraogo Sawadogo envisage la production de film qui n’est pas loin de sa formation en gestion de projet. En attendant même si même si notre ancien CDR est à l’abri du besoin, il dit compter sur le soutien et l’accompagne d’investisseurs pour l’écriture et la production de belles œuvres. Dans l’espoir qu’un jour on est pourquoi pas à l’image d’Hollywood un « Fasowood ».

Balguissa Sawadogo
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